Golf Planète a publié, voici un mois, un article annonçant la fin possible des tees de départ selon les sexes en Grande-Bretagne. Les réactions nous ont poussé à demander à plusieurs personnalités de notre sport à prendre position sur le sujet.
Mais rappelons d’abord que le club de golf Sheringham de Norfolk a été parmi les premiers à introduire des tees « sans sexe » en 2013. Son directeur de l’époque avait déclaré : « Cela a été un grand succès, en particulier auprès de nos messieurs seniors et de nos dames à handicap élevé, qui ont maintenant l’opportunité de jouer un parcours plus court ». Le club de golf Scotscraig près de Saint-Andrews (photo ci-dessous) – un club bicentenaire ! – est devenu le dernier à le faire, affirmant qu’il a amélioré « l’expérience de golf pour les joueurs de tous niveaux ». Récemment à Melbourne, la fédération australienne a avoué « faire des efforts pour que les départs sur les parcours de golf soient déterminés non par rapport au genre des personnes mais par rapport à leur capacité à pratiquer le golf ».
La question est venue sur la table portée par les discussions généralisées sur la parité mais aussi sur la lenteur du jeu ou la simple constatation du niveau sportif des joueurs et des joueuses.
Depuis peu, des dizaines de golfs britanniques ont fait disparaître les départs des femmes sur leur parcours. Seul le niveau est pris en considération.
En France, Golf Planète ouvre le débat avec les contributions suivantes de Catherine Lacoste, la grande championne française, Christophe Muniesa, le directeur général de la fédération, Mmes Gaulier et Burgaud les directrices des deux golfs de Mérignies et Pays de Saint Gilles, Jean-Bertrand de Bouyn, arbitre international et traducteur des règles R&A et enfin, Vincent Paris, le directeur général du Golf Resort du Médoc. Parité respectée déjà dans le débat !
Si vous souhaitez prendre part au départ, merci de nous faire part de vos réflexions que nous aurons le plaisir de publier.
Roland Machenaud : roland.machenaud@golfplanete.com
Catherine Lacoste : il s’agit d’une question d’ego
La décision de dire départ femmes ou tee rouge est aléatoire!
Je vois aujourd’hui des hommes seniors partir de ces tees… Même des pros comme Jean Garaialde partent des boîtes bleues.
C’est une question d’ego !
Je voudrais citer mon histoire personnelle : en partie amicale, dès que j’ai eu 10 ou 12 ans, je suis toujours partie des départs des hommes. Et presque toujours des back tees avec tous mes amis hommes de tous les âges (pro ou pas). Mes partenaires à Chantaco étaient Kiki Larretche, Jean Delgado, Jean-Michel Larretche etc… Des pros ou qui allaient le devenir
Je me souviens que j’ai même joué avec Manolo Ballesteros à Pedreña en partant des mêmes tees que lui. Nous avons fait match nul ! Pour la petite histoire, Seve n’avait alors que 9 ans !
La question importante est de savoir de quel tee partir quand il y a une compétition ! Je plains les personnes qui doivent décider.
Il me semble que c’est pour cela qu’il y a un handicap.
A quoi sert sinon la notion d’handicap ?
Finalement c’est une question d’ego !
Christophe Muniesa : nous sommes engagés dans le déploiement des « départs recommandés » établis selon votre longueur au drive
La Ffgolf s’est engagée depuis plus de dix ans dans le déploiement des « départs recommandés ».
Ce programme trouve son inspiration dans un concept développé aux Etats-Unis, créé par Jack Nicklaus et Arnold Palmer. Il se nomme « Tee it Forward » que l’on pourrait traduire par « partez des repères avancés » !
Les deux immenses champions étaient en effet arrivés à la conclusion que, l’âge avançant, ils avaient de plus en plus de mal à prendre les greens en régulations, et qu’il n’y avait rien de problématique à jouer des parcours plus courts.
Le concept repose sur le principe suivant : La longueur du parcours que vous allez jouer sera calculée en fonction de la distance moyenne que vous faites avec votre Drive.
Moins vous tapez loin la balle en moyenne avec votre Driver, plus le parcours que l’on vous proposera de joueur sera courte.
Ce programme des « départs recommandés » rencontre un vrai succès en France.
Il introduit deux principes fondamentaux : ce n’est ni votre âge, ni votre sexe qui doit déterminer la longueur du parcours que vous allez jouer. C’est la longueur que vous faites avec votre driver.
Nous pensons que nous devons aller encore plus loin dans cette démarche afin de renforcer le plaisir de jeu.
En effet, la principale difficulté à laquelle sont confrontés les joueurs de tous niveaux, de tous âges et de tous sexes, reste la distance.
Comme on dit, les statistiques sont formelles !
Plus vous jouer un parcours long, plus votre score en pâtira et votre plaisir de jeu s’en ressentira….
Cette tendance est exponentielle au fur et à mesure que le niveau de jeu régresse. Rappelons qu’en France, tout comme à l’échelle mondiale, 75% des joueurs ont un index supérieur à 24 !
Et contrairement à ce qu’on entend dans les club-houses ou à ce qu’on lit sur les réseaux sociaux, toutes les femmes ne drivent pas à plus de 200m et tous les hommes ne drivent pas à plus de 250m !
Ainsi l’approche historique « sexuée » relative au positionnement des repères de départs semble aujourd’hui totalement archaïque.
Ce qui doit déterminer le choix d’un repère de départ, c’est la distance que vous faites avec votre driver. Ni votre sexe, ni votre âge et (principalement pour les hommes 😉) ni votre égo !
Dans certains pays (c’est notamment le cas en Suède) les marques de départ ne portent plus de couleur. Elles sont toutes de couleur neutre (noire en général). En revanche, on voit un chiffre inscrit sur les repères. Par exemple, lorsque vous partez des repères 62, ça signifie que vous allez jouer un parcours dont la distance totale est de 6200 mètres, ce qui sera adapté si vous envoyez votre Driver à 230m. Ca sera le cas pour un très bon amateur masculin, ou pour une joueuse pro.
Si vous jouez des repères 55, ça signifie que vous allez jouer un parcours dont la distance totale est de 5500 mètres. Cette distance sera adaptée pour beaucoup d’hommes, et pour des femmes ayant un index à 1 chiffre.
En général, on trouve désormais 6 ou 7 repères de départs différents sur ces parcours, afin d’offrir une longueur adaptée à toutes les catégories de joueurs.
Nous sommes évidemment vigilants à ne pas changer de « doctrine » trop fréquemment, afin de ne pas induire de difficultés opérationnelles pour les clubs, mais très clairement cette « méthode suédoise » nous inspire et nous allons étudier la possibilité de la déployer en France.
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Béatrice Gaulier (Mérignies) : ne pas nier la différence de force
entre hommes et femmes… tout en prônant l’égalité totale !
Ma réaction à cette question est mitigée : je suis pour une égalité totale entre hommes et femmes, que ce soit au niveau des salaires, de l’accès à toutes les formations et à tous les métiers, du partage des tâches ménagères, de l’éducation des enfants, et du respect inconditionnel dû à tout être humain.
Néanmoins, il me semble qu’il faut tenir compte de la différence de force, en moyenne, entre les hommes et les femmes, due à nos différences hormonales (j’insiste sur la moyenne, on connait tous quelques femmes plus musclées que certains hommes, mais les statistiques sont formelles). C’est sans doute la seule véritable différence entre les sexes, avec celle de la physiologie et de la procréation. Il est aujourd’hui prouvé que le cerveau d’un homme et d’une femme sont aussi semblables ou différents que ceux de 2 hommes ou de 2 femmes. Nier cette différence de force moyenne ne rendrait pas service aux femmes.
Je me demande si le propos n’est pas hors sujet, car la FFGolf propose déjà une solution, les « départs recommandés » (visuel en PJ), que nous avons adoptée à Mérignies Golf : on ne parle plus de départs hommes et femmes, mais de départs orange à blancs, recommandés pour chacun suivant son sexe, son niveau et son âge. Cela permet de s’adapter au niveau de chacun, tout en prenant encore en compte la différence de force naturelle moyenne entre hommes et femmes. Le tableau est affiché à l’accueil du golf, et nous imposons ces départs recommandés en compétition.
Ainsi à Mérignies Golf, tous les débutants font leur première compétition en partant des départs orange, et ils reculeront ensuite aux violets, rouges, et ainsi de suite, suivant leurs progrès. Les jeunes garçons partent assez longtemps des bleus, et les seniors se verront avancer avec l’âge. Cette mise en place a suscité quelques réticences au début, notamment chez les seniors : « on ne va quand même pas partir des repères dames ! », mais chacun en a vite compris les avantages, et les nouveaux golfeurs ne se posent pas de questions car les départs leur sont d’emblés présentés non sexués.
Peut-être pourrait-on aller plus loin en proposant dans le tableau des « départs recommandés FFGolf » les départs jaunes et blancs aux femmes qui ont un très faible index ? Je laisse aux spécialistes le soin d’en examiner la faisabilité. Mais il me semble que le calcul des résultats net et brut et des coups rendus doit continuer à tenir compte du sexe, sans quoi les femmes se trouveront pour la plupart derrière les hommes dans tous les classements, et les femmes auront (en moyenne) des index plus élevés que les hommes pour le même niveau d’engagement sportif.
A noter que presque tous les sports continuent à proposer des compétitions différentes pour hommes et femmes, ne pouvant prendre en compte la différence musculaire moyenne. Le golf présente cet avantage de pouvoir adapter ses longueurs, et de faire jouer ensemble sans frustration hommes et femmes, jeunes, adultes, et seniors.
Pour l’anecdote : C’est un échantillon trop peu représentatif, mais quand je partage une partie avec mon mari, lui partant des jaunes et moi des rouges, nos « départs recommandés », nos drives atterrissent assez souvent au même endroit, nous garantissant le suspens pour la suite…
Jean-Bertrand de Bouyn, arbitre : rappeler d’abord que jouer au golf
est lié au plaisir qu’il procure…
Le golf est un jeu qui fait appel à la fois à la puissance et à la précision : le but étant de se confronter à des parcours de longueurs et de difficultés extrêmement variées.
En général et en moyenne, les femmes ont moins de puissance que les hommes et pour qu’elles puissent rendre des scores équivalents à ceux réalisés par les hommes, des marques de départ, avancées par rapport à celles des hommes, ont été mises en place : d’où sont nées les notions de « départ hommes » et « départs dames ».
Il serait plus judicieux de numéroter les tees de départ 1, 2, 3 etc. pour que les joueurs et joueuses puissent choisir, au quotidien, en golf loisir, le tee de départ en fonction de leurs aptitudes, notamment leur possibilité d’atteindre les greens en régulation, indépendamment de leur sexe.
Dans le terme « jouer au golf », le mot important est « jouer » dont le sens premier implique une notion de plaisir. Et ce plaisir est directement lié au score réalisé par le joueur.
Je ne suis pas certain que des joueurs qui joueraient le parcours du championnat de la PGA à Oak Hill prendraient du plaisir à rendre un score entre 140 et 200 coups !
Bernadette Burgaud (Saint-Gilles) : un problème de sémantique à résoudre
avec une communication dynamique pour un golf plus fun
Boules blanches, jaunes, bleues, rouges ? C’est pour ma part, comme pour beaucoup de monde, un problème de sémantique et de « tradition…
Si notre objectif est d’ouvrir la pratique du golf au plus grand nombre et de mettre en situation de réussite nos débutants ou nos joueurs séniors, les départs recommandés sont une première réelle avancée mais seule une communication poussée, nationale et dynamique nous aidera à franchir le pas et à casser les codes.
Un néophyte homme débute rarement par une piste rouge et une skieuse aguerrie ne peut se contenter de descendre que des pistes bleues et vertes…
L’idée d’associer une couleur de repère à un niveau de jeu me séduit.
Certaines formules de jeu en double pourraient être encore plus ludiques et disputées
Et que dire des compétitions individuelles qui challengeraient et récompenseraient les joueurs partis du même tee de départ hommes-femmes-jeunes confondus !
Notre réseau souhaite rendre le golf plus fun, simple et convivial : alors oui, donnons une nouvel élan à nos repères !
Vincent Paris (Médoc) : systématiser 6 tees de départ sur chaque trou
Il est évident que une grande longueur de parcours rend ceux-ci trop difficiles pour les golfeurs. C’est certainement le frein principal au développement de notre sport (impact sur temps de jeu, progression lente et difficile, désaffection pour les compétitions, régression très rapide pour les seniors, moins d’intérêt de prendre des leçons…)
La différence des tees selon les sexes ne me choque pas compte tenu des aptitudes physiques différentes entre un homme et une femme. Pour exemple, le tennis qui est un modèle en termes de parité continue à proposer des rencontres en 5 sets pour les hommes et en 3 sets pour les femmes !
Par contre, il me semble essentiel de rendre le golf plus ludique et accessible pour les joueurs moyens et débutants et plus facile a scorer pour les joueurs confirmés. Le tout en fonction du niveau et de l’âge de chacun.
Avec Laurent Pargade, nous avons imaginé un tableau pour établir une approche raisonnée des niveaux. Mais Il faudra bien sûr que les golfs systématisent la présence de 6 tees de départs sur chaque trou.
Crédit photos Alexis Orloff, A. Lamoureux, GP, DR